mercredi 25 novembre 2009

Rosa, Rosa, Rosam, Rosae, Rosae, Rosa

"Aurélie, Aurélie, vous êtes contente ? Vous avez passé la moyenne !"
Classe de seconde au lycée Jacques Monod de Saint-Jean de Braye, mon prof de maths me court après dans le couloir... Pour me féliciter d'un 11 en maths. Faut dire, je traînais des 0, des 4, des 6...
Faut dire aussi, tout ça, c'est une question de câblage.
Nous n'avons pas tous les mêmes câblages. Il y a des trucs, on a beau faire, le cerveau ne suit pas. Il manque des connexions. C'est comme s'il y avait une sorte de vide abyssal entre ce qu'on vous explique et ce que vous parvenez à faire.

L'intelligence se met en marche. ça roule, ça pédale. Tranquille. On y va tout doux. ça s'enclenche pas trop mal. On se dit qu'on peut prendre un peu de vitesse. On passe la seconde. La route est belle. Il y a des petits oiseaux. Des fleurs roses. Et des arcs en ciel aussi. Dès fois même, il y a des bonbons accrochés aux arbres et des bisous qui tombent du ciel. Ouais ouais. Et d'un coup. Le ciel s'assombrit. Les petits piaf de Disney se transforment en corbeaux noirs avec des griffes qui lancent des flammes et des yeux exorbités dont jaillissent des éclairs et même parfois du sang. Il y a des plantes carnivores plus grosses que le haricot magique de Jack et qui attendent que vous trébuchiez pour vous bouffer tout cru en faisant craquer vos os sous leurs dents jaunes et crasseuses. Voilà.

C'est ce que je vis quand :
- j'essaie de faire une traduction de latin. Jamais rien pané aux déclinaisons, tout ça, tout ça.
- j'essaie de résoudre un problème de probabilités en maths. Jamais rien pané aux histoires de chaussettes rouges et chaussettes noires dans le tiroir, combien y-a-t-il de chances que je tire deux chaussettes de la même couleur dans le noir ?
- j'essaie de calculer les intervalles. 30 arbres au bord de la route, combien d'intervalles ? J'ai 27 ans, j'ai vécu combien d'années ?
- j'essaie de comprendre le changement d'heure. Si on recule d'une heure, ça veut dire qu'on dormira une heure de plus. Il fera jour plus tôt alors ? Nan, c'est le contraire ? Rrrhhooo, je sais plus...!
Et puis, dernière expérience en date : le cours de country d'hier soir. Putain, je les vois bien les pas. Je les comprends. J'y arrive. Tout doucement. Mais quand ils mettent la musique, ça s'emballe. Mes pieds vivent leur vie, mon cerveau panique. C'est le bordel.

C'est un problème de câblage j'vous dis. De câblage. Il me manque des câbles. Obligé. J'ai des lacunes câblistiques.

mardi 24 novembre 2009

Mon agenda, ma vie, mon œuvre


Nous sommes le mardi 24 Novembre. Dans un peu plus d'un mois, l'année s'achèvera. Fera-t-on un bilan ? Un an de plus au compteur, ça veut dire quoi ? Il sera temps de se demander si on a laissé filer le temps. Ai-je subi ? Ai-je choisi ? Etre acteur de sa vie qu'il disait l'autre... Moi, je veux bien faire le point. En 2009, j'ai fait plein de kilomètres parce qu'une mission au boulot m'a emmenée sur toutes les routes de France. J'ai dormi dans plein d'hôtels différents. J'ai trouvé que le réseau SNCF était quand même pas mal foutu du tout. En 2009, j'ai fêté mon premier anniversaire de mariage. En 2009, j'ai commencé les billets douxmeur. Depuis le 26 janvier, je m'y tiens. En 2009, nous avons acheté une maison. Un vrai petit nid douillet. Notre premier vrai petit nid douillet à nous. Par conséquent, en 2009, nous nous sommes libérés de plusieurs milliers d'euros. Je me sens beaucoup plus légère. Si, si. En 2009, j'ai vu France-Ecosse au Stade de France, je suis allée à mon premier bal country, j'ai découvert les Puces de Saint-Ouen, j'ai revisité les plages du Débarquement, je suis allée à Roland Garros et au spectacle du Puy du Fou. En 2009, j'ai déménagé plusieurs amis, j'ai accompagné une amie pour choisir sa robe de mariée, j'ai rencontré le bébé de mes meilleurs amis. J'ai fait du parapente. J'ai découvert la réflexologie. Je suis allée chez le coiffeur environ 8 fois. Chez l'esthéticienne, environ 11 fois. A raison de 27 € par rendez-vous, je peux donc estimer avoir claqué 297 € chez l'arracheuse de poils. Aïe.
Tout ça, je m'en souviens. Je m'en souviens mais c'est aussi parce qu'en 2009, j'ai été accompagnée par mon agenda. Fidèle petit rapporteur quotidien. Une vie qui défile au rythme des annotations journalières.
Et comme nous sommes le 24 Novembre, j'ai le droit d'aller choisir mon nouvel agenda pour l'année prochaine. En 2010, il sera vert, il sera écolo, avec un petit lien en cuir tout mignon. Que s'y glissera-t-il ? Que verrons-nous en 2010 ? ...

lundi 23 novembre 2009

Brèves de chasseurs

Le chasseur n'est pas toujours un modèle de raffinement.
Définitivement.
Il essaie pourtant. Il s'intéresse à l'actualité. Il a un avis sur tout. Pertinent, l'avis. Le chasseur est un modèle de tolérance, d'écoute des autres, de délicatesse. Son avis est toujours fin, précis, argumenté, parfois même un peu en avance sur son temps. Le chasseur comprend son prochain. Surtout quand il a bien picolé. Au cul de la bagnolle. Il se jette deux-trois verres dans le cornet. Entre chaque bouchée. Un bout de saucisson. Un verre. Un bout de gras. Un verre. Un sandwich au pâté. Deux verres. Un morceau de camembert. Trois verres. Un petit morceau de chocolat ? Allez, un verre ! Et puis après : que des verres...

Je me moque. Je me moque. Je grossis le trait. A peine cependant.

Car il y a des choses, faut les voir pour le croire :

Protagoniste 1, un jeune homme de 28 ans, sobre, élégant, sportif : "Les grands-parents de ma femme se sont faits cambriolés. Les pauvres."


Protagoniste 2, aimable, à l'écoute, soucieux de son prochain : "Oh, les pauvres. C'est pas marrant ça..."

Protagoniste 3, le chasseur du dimanche, pas vraiment chasseur, on ne lui confierai pas une arme, il se contente de suivre tout ça de loin, mais ça ne l'empêche pas d'avoir un avis sur tout, Président de la République il pourrait être le gars : "C'est de la faute au gouvernement tout ça. On n'a qu'à fermer les frontières."

Voilà.
Voilà la solution qui manquait pour que le monde aille mieux...! Il suffisait de solliciter Dédé le chasseur du dimanche. Qu'on est cons. Merci Dédé...

Généralement, Dédé termine la soirée comme il l'a commencé : bourré. Il veut prendre le volant. Vous lui dîtes qu'il ne vaut mieux pas. Il vous répond dans un grognement animal qu'il n'est pas bourré, qu'il a besoin de personne et que de toutes façons, sa voiture connaît la route et qu'elle rentre toute seule. La classe.

vendredi 20 novembre 2009

Voir le jour se lever


Par la vitre du train, voir le jour se lever. Un ciel un peu déchiré et des nuages imbibés de jaune. Un peu de rose. Un peu de bleu. Un disque rougeoyant.
On achète un livre à la boutique Relay de la gare. 5 livres consultés. Quelques secondes à peine passées sur la quatrième de couverture.
On repose.
On choisit.
Le lira-t-on vraiment ?
On survole les unes des journaux.
Que vais-je offrir à Noël ?
Je vais peut-être dormir un peu.
Lire les premières pages...
Et puis, je vais descendre. Le métro. Le rdv. Un déjeuner. Repartir.
Rêver de revoir ce ciel. Demain samedi.

En forêt peut-être. Voir le jour se lever.

jeudi 19 novembre 2009

30 ans, l'âge de récupération

On approche de la trentaine. C'est pas grave. C'est même plutôt chouette. Seulement à 30 ans, il paraît qu'on n'a pas le droit d'être fatigué. Parce qu'à presque 30 ans, il paraît qu'on est 'achement jeune. Qu'on a 'achement la patate. Qu'on est des requins de la vie que rien n'effraie.
Alors qu'en fait, on a toutes les raisons d'être bien bien fatigué.

Parce qu'à 30 ans, on a derrière soi :

- la naissance. Sans commentaire.

- l'enfance pendant laquelle on a du apprendre à marcher, parler, manger, écrire, lire, colorier sans dépasser, la politesse, le respect, le partage, l'altruisme. Crevant.

- l'adolescence pendant laquelle on a découvert la drogue, le sexe, l'amour et tout de suite après le chagrin d'amour, et pendant laquelle on a beaucoup pleuré, beaucoup utilisé de lotion anti-acné, beaucoup râlé après les parents-ces-gros-nuls-qui-ne-comprennent-jamais-rien, après les profs-ces-gros-nuls-qui-ne-comprennent-jamais-rien, après les mecs-ces-gros-nuls-qui-ne-comprennent-jamais-rien, après la société-cette-grosse-merde-qui-ne-comprend-jamais-rien. Archi crevant.

- la post-adolescence pendant laquelle on rentre dans l'âge adulte et où on doit finir ses études, trouver un boulot, louer un appart', passer son permis, trouver un mec puis trouver un mec sérieux, couper le cordon ombilical, organiser les 50 ans de ses parents.

- l'âge adulte pendant lequel on doit garder son boulot, acheter une maison, faire un bébé, aller aux crémaillères de tous les potes qui ont acheté une maison, aller aux mariagex de tous les potes qui se marient, aller aux baptêmes de tous les potes qui font des bébés, récupérer ses points de permis, se faire couper les cheveux parce que sinon ça fait trop adolescent, faire des PPT pour les 30 ans de ses potes avec plein de vieilles photos de quand on était plus jeunes.

Après tout ça, je dirai que la suite est carrément relax. Elever ses enfants ? 'Pinuts' comparé à ces 30 premières années de vie. Préparer sa retraite ? Choisir la meilleure assurance ? Louer un tandem ? Un châlet à Avoriaz ? S'adapter aux lunettes à double foyer ? A l'appareil dentaire ? Acheter une baignoire avec une porte ? Du Stérident ? Un fauteuil pour monter les escaliers ? Bouffer de la margarine avec des Oméga 3 ?
Fastoche tout ça.

Je dirai donc qu'à 30 ans, on a légitimement le droit d'être hypra fatigué.
D'ailleurs, je vais me coucher.